J’ai découvert « l’île rouge » au cours d’un voyage en septembre 2019 le long de la nationale 7. Cette route est la seule goudronnée de Madagascar. Elle traverse le pays du nord au sud.
Nous avons découvert des paysages à couper le souffle, une nature en danger, mais d’une extraordinaire diversité.
Ce voyage a également été riche en merveilleuses rencontres avec les habitants.
Madagascar est l’un des pays les plus pauvres du monde.
Le peuple malgache n’a malheureusement pas d’autre moyen pour subvenir à ses besoins que d’exploiter la nature. Hommes, femmes et enfants avec peu de moyens réalisent des miracles pour se nourrir, se chauffer, construire routes et maisons.
Pour fabriquer leur maison, ils utilisent des briques en terre cuite. Elles sont moulées et séchées dans la terre de leurs rizières. Chacune d’elles pèse 3Kg.
Le procédé de fabrication nécessite de cuire les briques. Les Malgaches utilisent du bois d’eucalyptus comme combustible. L’île de Madagascar étant très peu boisée, ils ont importé et planté des forêts d’eucalyptus. Ils ont choisi cet arbre car il pousse très vite et peut être taillé souvent. Malheureusement ces cultures d’eucalyptus détruisent le sol et ne sont pas adaptées à la faune et à la flore endémiques du pays. Cette culture participe à la déforestation et à la disparition de la biodiversité de l’île.
Le bois nécessaire est apporté à proximité d’une route. Les villageois doivent construire un « château » de 400.000 briques à proximité du stock de bois.
Le combustible est enfourné sous ce château et enflammé. Le feu doit-être alimenté pendant 72 h jour et nuit. Cette tache technique revient aux hommes du village.
Là où j’ai fait ces photos, un château de briques est en train de cuire et un autre est en construction.
En revanche le transport des briques de la rizière vers le château revient aux femmes et aux enfants. Les femmes portent sur leur tête jusqu’à 20 briques (60 Kg) et les enfants, de 6 à 12 briques (18 à 36 kg). Ainsi chargés, ils parcourent la distance de plusieurs centaines de mètres entre la rizière, en contrebas, et le château de briques. Ils déchargent leurs briques sur le château et retournent en chercher d’autres à la rizière. Une trentaine de femmes et d’enfants (à partir d’une dizaine d’années) vont porter, pour un château, 1 200 tonnes de briques sur leurs têtes !!
On voit les rictus et grimaces de ces femmes et enfants qui souffrent sous la charge. Ils gardent pourtant une certaine joie de vivre. Ils s’amusent que je les photographie et me sourient.
La principale raison de la disparition des lémuriens est la destruction de leur habitat par la déforestation. La plupart se trouvent dans les seules forêts primaires encore existantes dans les réserves nationales ou privées.

J’ai rencontré mes premiers lémuriens dans le parc national de Ranomafana au sud est de Madagascar. Grand hapalémur ; hapalémur doré ; hapalémur gris et quelques sifakas de Milne-Edwards. Les photos sont difficiles. Il fait très chaud et humide. A l’inverse de nous, ils se déplacent très vite dans la canopée et sont toujours en contrejour.
Au soir de cette journée un hapalémur doré se laisse approcher à moins d’un mètre. Il est paisible, nous regarde de temps en temps tout en faisant sa toilette. Pendant cette observation il va continuellement regarder au-dessus de lui. Dans ses grands yeux se reflète la canopée, comme s’il voulait nous sensibiliser à l’importance de ce milieu pour sa préservation.
La réserve est une petite aire protégée créée par une communauté villageoise. De nombreux touristes poursuivent les makis catta pour pouvoir les prendre en photos. Notre démarche a été toute autre. Nous nous sommes installés au sommet d’une falaise dans un endroit peu fréquenté. Une dizaine de Makis Catta se trouvaient à une trentaine de mètres de nous dans les arbres. Petit à petit ils se sont rapprochés pour finir à n’être plus qu’à un mètre de nous. Une des femelles porte 3 petits, un record pour cette espèce Je me suis rendu compte que, pour une raison inconnue, ils étaient tous attirés par les semelles vertes de mes chaussures. Un jeu s’est instauré entre eux et moi. Pendant plus de 30 minutes, j’ai vécu un grand moment d’échanges avec ces animaux si attachants.


Après une grande randonnée à l’intérieur du parc, nous rencontrons une femelle Sifaka de Verreaux au fond d’une vallée. Les guides nous apprennent que 2 femelles fréquentent cette vallée, mais que malheureusement, il n’y a pas de mâle …
Dans cette minuscule réserve nous rencontrons une femelle Sifaka de Coquerel et son petit, leur curiosité nous ont permis de les approcher facilement.
Nous avons eu le privilège de pouvoir observer le plus grand des lémuriens dans la réserve spéciale d’Analamazoatra. Cet animal au comportement particulier ne ressemble à aucun autre lémurien.
Il est monogame et vit en groupe familial de quelques individus (le plus souvent les deux parents et leur progéniture). Les couples formés, ils restent fidèles toute leur vie. Indri-indri se déplace dans la canopée pour s’y nourrir principalement de feuilles, de fruits et de graines. Les différents groupes marquent leur présence, particulièrement en début de journée, par de longs cris ou chants extrêmement puissants pouvant s’entendre à 4 km à la ronde. L’indri est au centre de nombreux mythes et légendes malgaches qui, autrefois, contribuaient à la protection de l’espèce. Les indris sont appelés par les autochtones BABAKOTO (le père de la foret)

Une légende raconte qu’un homme parti chasser dans la forêt n’en revint jamais. Son absence inquiétant son fils, celui-ci décida de partir à sa recherche, mais il ne découvrit qu’un grand lémurien assis dans les arbres : son père avait changé pour devenir le premier indri. Les lamentations du babakoto sont les pleurs du père pour son fils perdu.