
J’ai l’honneur d’avoir été sélectionné pour le portfolio de la revue N°279 de février 2022 de France Photographique de la fédération photographique de France. J’en suis très fier.
Je présente une quinzaine de photos de collision de gouttes.
Je réponds également à un interview (ci-dessous) du rédacteur en chef Alain Pruvot.
France Photographie : Bonjour Michel La réalisation de votre série de photos « High speed » suppose que l’on possède une grande maîtrise technique : comment parvenez vous à gérer les lumières ?
Michel Villequey : La réalisation de ces photos ne laisse que peu de place au hasard. Toutes ont été prises dans mon garage. Je passe des heures à installer et à régler mon système. J’ai créé une petite machine électronique qui pilote et synchronise L’appareil photo, les flashs et les électrovannes qui créent les gouttes. Je peux ainsi réaliser des séries d’images en étant sûr d’obtenir à chaque fois une collision. L’assurance de cette « répétabilité » me permet ensuite de me consacrer uniquement à I ‘aspect esthétique de mes photos. Pour exposer ces collisions, j’utilise de 5 à 7 flashs. Jouer avec leur position et insérer des gélatines de couleurs me permet de créer des ambiances lumineuses à l’infini. Je travaille soit avec un fond noir soit avec un fond blanc éclairé par des flashs.
F. P. : Harmonie des couleurs et originalité des formes obtenues: comment avez-vous réussi à atteindre un tel niveau artistique et à créer un univers à la fois onirique et fantastique ?

M. V. : Au risque de vous décevoir, je ne suis pas un artiste mais un simple technicien qui maîtrise les éclairages et les couleurs. Les véritables artistes de ces photos, ce sont les gouttes d’eau. Ce sont elles qui décident de tout. Ma seule contribution, si les résultats ne me satisfont pas, est de modifier la grosseur des gouttes et le temps de leur création Le tout est affaire de millisecondes, voire de microsecondes. Bien que chaque série de photos soit exécutée de façon identique, chaque résultat de collision est différent. Aucune image ne ressemble à une autre. Je ne sais en donner les raisons, c’est la nature qui nous offre ces formes surprenantes et fantastiques.
F. P. : certaines de vos images relèvent, semble-t-il de la paréidolie, est-ce simplement le fruit du hasard ?
M. V. : Je contrôle beaucoup d’éléments avec ma machine mais il subsiste toujours une part de hasard. C’est toute la magie de ces photos. À la différence d’un photographe qui maîtrise tout derrière son œilleton, je ne vois pas ce que je vais photographier. C’est l’eau qui s’exprime. Je suis ébahi et comme hypnotisé par les résultats. Après chaque collision, je suis déjà impatient de découvrir la suivante. Il n’est pas rare que je réalise des séries de plus de 500 images. Comme par miracle, il arrive parfois que Ia collision prenne une forme connue : une tête de cheval, une danseuse, un joueur de flute…, comme si l’élément cherchait à communiquer avec moi. Ces collisions étonnantes déclenchent en moi une joie intense.
F. P. : Avec quel boîtier et quel objectif travaillez-vous ?
M. V. : J’utilise un Nikon D500 avec un zoom transtandard 16-85mm. L’appareil photo n’a pas une grande importance pour la réalisation de ce type d’image. Il n’est pas utile d’avoir un objectif macro car ces phénomènes font entre 10 et 20 cm de haut. L’appareil doit, par contre, être équipé d’une prise de télécommande à distance pour qu’il puisse être piloté par ma machine. Afin de pouvoir animer des ateliers collectifs, j’ai la possibilité de commander jusqu’à 4 appareils photo en même temps. 4 photographes peuvent ainsi immortaliser simultanément la même collision de gouttes.

F. P. : Comment avez-vous réussi à obtenir ces effets colorés tout à fait bleffant ?
M. V. : J’obtiens ces effets colorés de 2 manières. Ou bien je mélange à l’eau des colorants alimentaires et, si je veux opacifier la goutte d’eau, je rajoute un peu de lait. Je m’interdis l’utilisation de produits chimiques comme les encres d’imprimante. Ou bien je rajoute sur mes flashs des gélatines de couleur. Sur certaines images, j’utilise également des matières inflammables que je projette sur Ia surface de L’eau. Je les enflamme juste avant de lancer une série de collisions. II m’arrive aussi d’utiliser des éléments de décor.
F. P. : Quels conseils pourriez-vous prodiguer à ceux et celles qui souhaiteraient se lancer dans la réalisation de photos de ce genre ?
M. V. : La démarche étant très technique, il est important de bien se documenter. Un grand nombre de forums ou sites internet donnent beaucoup d’informations. Je suis en train de créer un site ou je décris mes travaux. Si on veut aller au-delà des simples photographies de clapotis, I ‘achat d’une machine permettant la synchronisation des trois éléments (appareil photo, flash et électrovannes) me semble indispensable, Il en existe plusieurs sur le marché. Bien entendu, les lecteurs intéressés peuvent me contacter pour que je leur donne tous les tuyaux nécessaires à la réalisation d’une machine. Il est également important d’avoir de la patience car les résultats s’améliorent petit à petit. Enfin, garder ses yeux d’enfant pour s’émerveiller des choses simples.
F. P. : Que représente à vos yeux [a photographie: un loisir, une passion, une évasion… ?
M. V. : C’est avant tout une passion. Je consacre beaucoup de mon temps libre à cette activité. J’aime également échanger avec d’autres passionnés. Lorsque je m’isole dans mon garage pour faire des collisions de gouttes, c’est une vraie évasion vers le monde invisible et éphémère des millisecondes.
F. P. : Avez-vous eu l’occasion de présenter vos créations au public ? si oui, avec quel retour ?
M. V. : Très rarement car je suis encore en activité et le temps me manque pour préparer ce genre d’événement. Cependant, le club photo de la CBL de Belfort m’a invité, pour son exposition annuelle, à présenter quelques-unes de mes photos « haute vitesse » et à faire des démonstrations de collision de gouttes.

Une difficulté importante est apparue : faire des images pratiquement à la lumière du jour. Pour Ia résoudre, j’ai dû réaliser une modification de mes algorithmes. Beaucoup de visiteurs imaginent que ces photos sont des montages et non des photos uniques sans trucage. Les démonstrations ont permis au public de mieux comprendre comment les images étaient réalisées. Après chaque collision, la photo était projetée sur grand écran. Le public s’enthousiasmait à l’apparition de chacune d’elles.

F. P.: Un mot à ajouter, en forme de conclusion ?
M. V. : Je souhaite remercier Pierrette Donzé, commissaire image lP couleur de l’UR08. Sans son insistance appuyée, je n’aurais jamais osé envoyer mes images pour ce numéro de France Photographie. Je remercie très chaleureusement le comité de rédaction qui a sélectionné mes images pour ce portfolio. C’est un grand honneur pour moi. Ma machine pouvant piloter plusieurs appareils photos, mon prochain projet est de réaliser des images en relief de mes collisions de gouttes. Je vous donne rendez-vous pour de nouvelles photos magiques.
F. P. : Nous les découvrirons avec plaisir ! En tout cas, grand merci de nous avoir permis de partager un temps votre passion !


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